Le feu, une révolution technologique

La guerre du feu est un film franco-canadien du réalisateur JJ. Annaud, sorti en France en 1981. JJ Annaud décrit son film, non comme un documentaire scientifique mais bien une œuvre de fiction, un récit romanesque. A l’époque le film comptabilise 5 millions d’entrées en France. Il est classé 6 ème au Box office US (21 millions de $US). Le film ne comporte que peu de dialogue, qui sont dans une langue inventée à partir de quelques racines indo-européennes et de grec ancien.

40 000 ans en 96 minutes !

Trois néandertaliens, Naoh, Amouka et Gaw, partent à la recherche du feu perdu par leur clan lors d’une attaque d’hominidés primitifs. Au cours de leur périple, ils vont découvrir le monde. Ils vont rencontrer d’autres clans, autant de mœurs et de techniques différentes qu’ils vont s’approprier ou rejeter. C’est une quête, une recherche.

C’est la rencontre avec IKa et son clan d’Homo sapiens, qui va bouleverser la vie des trois neandertaliens. Elle va « tout » leur apprendre.

Le document choisi est un extrait de la fin du film, même si Naoh, a vu comment on faisait du feu avec un homme de la tribu d’Ika, il est incapable de reproduire l’événement. L’image nous montre Ika en train de prendre sa place et va produire le feu pour son nouveau clan.

Le film aborde différentes questions scientifiques que se posent les préhistoriens, les anthropologues ou éthologistes sur des sujets très différents tel que la médecine, l’alimentation, la sexualité, l’habitat, le rapport aux morts, le cannibalisme, le rire. JJ Annaud a très bien documenté le film, en y intégrant des références issues du corpus scientifique. Pourtant, on lui a reproché beaucoup d’anachronismes et d’erreurs scientifiques (à raison parfois) dans la présentation des hominidés paléolithiques et de leur mode de vie.

Le film a marqué l’imaginaire collectif de toute une génération, qui a intégré les scènes de la vie préhistorique qu’on lui présente, jusqu’au langage des héros, inventé par les auteurs. Au moment de sa sortie, ou lors de rediffusions, des termes employés dans le film sont repris dans la culture populaire (de façon ludique) tel que le fameux Atra qui signifie feu. Le titre du film se transforme même en expression pour d’écrire un objet, une situation ou un individu considéré comme étant d’un autre âge, daté.

Dans le document, c’est la femme qui joue un rôle essentiel dans la transmission des connaissances, transmission qui est ici une allégorie de la découverte scientifique et technique. La symbolique de la production du feu qui reste dans l’inconscient collectif comme la première des technologies conquise pour la survie des hommes, a sans doute puissamment contribué au succès du film. Annaud nous montre, sur l’image extraite du film, que le savoir du feu, cette conquête technique est apportée par une femme. Il n’est cependant pas question d’idéaliser le film, mais plutôt d’essayer de le lire différemment.

En ce sens, il va à rebours des théories du corpus des préhistoriens de 1981. En effet, encore à cette époque la préhistoire officielle est « sexiste ». L’homme peint les cavernes, L’homme découvre la médecine, L’homme à tous les pouvoirs. Ne dit-on pas Homo pour designer notre filiation ? En parallèle, la découverte de Lucy en 1974, nous montre une femme Australopithèque petite, noire et velue, tout comme neandertal. La controverse menée par les préhistoriens qui suit la sortie du film essayait de ramener ce film aux vérités scientifiques de l’époque, vérité qu’on saura pour certaines être ensuite constructions. On saura bien plus tard (2015) que Neandertal était sans doute blanc et que c’est sapiens, notre ancêtre le plus direct, qui était noir. Annaud prend, en partie, le contre pieds de cette préhistoire sexiste et blanche, d’ailleurs, Naoh, néandertalien qu’on peut voir sur le document a la peau claire. Une intuition ?

En 1981, nous sommes 13 ans après 1968 et la société commence à intégrer les changements sociétaux issus des mouvements de mai. Il est possible que ce soit une des raisons pour laquelle le film a reçu un tel accueil parmi le public. La culture ordinaire c’est approprié le discours de l’artiste plus que celui des scientifiques. Pourquoi ? Est-ce parce que Annaud, grâce aux anachronismes permettant d’embrasser 40 000 ans en un film a rendu la préhistoire accessible ? Est-ce son discours, sans doute plus en phase avec sa société contemporaine qui autorisait le public à voir une préhistoire qui évoluait dans une direction qu’ils sentaient en devenir pour eux même ? La fiction permet certainement au réalisateur une grande liberté. Annaud le dit lui-même : » (…) tout en donnant à réfléchir, (le film) prend des libertés par rapport au diktat de la science ».

Le titre fut sans doute mal choisi car de guerre dans le film il n’y en a pas. Finalement, la « conquête » du feu salvateur et d’une sexualité libératrice se fait pacifiquement grâce à Ika, une femme. Autant d’idées qui ne sont pas encore bien partagées dans la société de 1981, mais qui en 40 ans vont infuser. En 1981, la guerre du feu, il faut la chercher peut-être ailleurs. Inconsciemment sans doute, le public l’aura compris. La guerre du feu, il la vivait eux. Je veux parler des deux chocs pétroliers qui bouleversait le visage de nos sociétés occidentales et forçait à changer de paradigme sociétal, environnemental, économique et moral. Le film en 2018 est un document d’archive qui annonce une époque en devenir.

40 ans après sommes-nous au milieu du gué, ou revenus sur nos pas ?

(à lire aussi sur le site : LA LUCARNE atelier collaboratif de médiation culturelle des sciences et techniques en société)

LDDM

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